Une vieille et longue histoire. L'épopée du sucre démarre il y a plus de 3 000 ans. Et pendant très longtemps, cette histoire est exclusivement celle de la canne à sucre. Sa rivale la betterave ne commencera vraiment à faire parler d'elle qu'à partir du XIXe siècle .
Le XVe siècle et Venise
Le XVe siècle constitue un nouveau tournant dans l’histoire trois fois millénaire du sucre. Venise s’est progressivement octroyé le monopole commercial de cet or brun, et s’appuie sur Bruges et Anvers pour le diffuser vers l’Europe du Nord. La Cité des Doges est d’ailleurs à l’initiative de la construction de la première raffinerie.
L’insolente réussite de Venise fait des envieux. Parallèlement, les rendements sur les îles de la Méditerranée diminuent. La canne est une plante exigeante qui appauvrit très vite les sols. Il faut à la fois de nouvelles terres, et des capitaux importants pour financer la culture et la transformation du sucre. Les Génois, les Espagnols, les Portugais, les Flamands investissent…
Le XVIe siècle et les Portugais
Les Portugais seront les premiers à tirer profit de ce nouvel essor. Dès la moitié du XVe siècle, ils installent des plantations et des raffineries à Madère, un archipel situé dans l’océan Atlantique au large du Maroc. Des marchands de Flandres et d’Italie s’installent et assurent l’exportation du sucre vers La Rochelle, Rouen, Gênes, Venise, Bruges, l’Angleterre. Ils répètent l’expérience sur l’archipel de Sao Tomé-et-Principe, dans le Golfe de Guinée, au large du Gabon. Des premiers pas avant le grand saut vers les Amériques…
Excellents navigateurs, les Portugais sont animés par l’esprit des grandes découvertes. Si la quête d’or et d’épices des Conquistadors ne fut pas un succès, il en alla autrement avec la canne. Le sucre devint très vite le premier enjeu du commerce international. Avec son corollaire : le trafic d’esclaves.
À partir de Madère, les Portugais acheminent technologies et matériel au Brésil dès les premières années du XVIe siècle. Ils restent maîtres du jeu jusqu’en 1630. Puis ce sont les Anglais et les Français, aux Antilles, qui prennent le relais
Le XVIIIe, le siècle français
Au début du XVIIe siècle, les Antilles françaises sont des colonies de peuplement. Les premières plantations de canne ne voient le jour qu’en 1643, après l’échec de la culture du tabac. Très vite, les sucreries se multiplient à la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Domingue.
En métropole ce sont les raffineries qui fleurissent sous l’impulsion de Colbert : à Bordeaux et Nantes, mais aussi Marseille, Rouen, La Rochelle. Elles travaillent d’abord le sucre brut des Canaries, de Madère, et du Brésil, puis développent leur activité grâce à l’expansion des cultures de canne dans les îles du Nouveau Monde.
Le Siècle des Lumières sera le siècle de la domination française. Le sucre devient l’élément majeur de l’économie et donc de la politique européenne. La maîtrise du commerce du sucre est un facteur non négligeable dans le déclenchement de certains conflits, notamment avec l’Angleterre. C’est le cas de la guerre de 7 ans (1756-1763), à l’issue de laquelle la France n’hésitera pas à renoncer au Canada au profit des Anglais plutôt que de perdre ses "isles à sucre".
