Les biocarburants sont une réponse pertinente à l'épuisement des ressources pétrolières, tout en contribuant à la lutte contre l'effet de serre. En France, les professionnels de la filière betterave-sucre se mobilisent pour atteindre des objectifs ambitieux.
La panne d’essence est-elle pour demain ? Face à une augmentation de la demande qui semble sans limite, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que les besoins en pétrole passeront de 83,5 millions de barils par jour, en 2004, à 121 Mb/j en 2030.
Conséquence directe, bien que le prix du baril se soit stabilisé fin 2005 aux alentours de 60 dollars, après le pic historique de l’été 2005 à 70 dollars, l’orientation à la hausse reste tout aussi inéluctable que le déclin des ressources naturelles fossiles.
La question n’est donc plus "jusqu’à combien ?" mais "jusqu’à quand ?". Compte tenu des doutes planant désormais sur les statistiques de référence et sur les évaluations déclaratives non vérifiables des pays de l’OPEP, les géopétrologues sont de plus en plus nombreux à pronostiquer un peak oil – point culminant de la production mondiale au-delà duquel l’or noir commencera à manquer – entre 2013 et 2037 (1).
Limiter la pétro-dépendance et la pollution
En touchant à sa fin, l’ère du tout pétrole révèle ses limites tant sur le plan de la dépendance vis-à-vis d’énergies fossiles que de l’environnement. L’Europe importe 50 % de l’énergie qui lui est nécessaire et génère 14 % des émissions des gaz à effet de serre.
Les transports, qui représentent 32 % de la consommation totale et dépendent de façon critique du pétrole importé (80 %), sont responsables de près de 30 % des émissions de gaz carbonique. Depuis deux siècles, en effet, les quantités sans cesse croissantes d’hydrocarbures brûlées ont enrichi l’atmosphère terrestre en gaz carbonique à effet de serre (CO2) provoquant le réchauffement climatique.
Il faut agir
Prenant conscience de ce risque, 157 pays se sont engagés en 1997, à Kyoto, à réduire de 8 % leurs émissions de gaz à effet de serre avant 2010. Au mois de décembre 2009 s’est tenu à Copenhague le Sommet de l’ONU sur le climat. Confrontés au péril climatique, les dirigeants du monde entier ne sont pas parvenus à surmonter leurs divergences d’intérêts de court terme pour se rassembler autour d’un projet politique mondial fondé sur un constat scientifique objectif et ainsi donner une suite au protocole de Kyoto...
Dans ce contexte, le recours aux énergies renouvelables est aussi nécessaire que vital. Parce qu’ils contribuent à réduire la pollution liée aux transports, les biocarburants figurent donc en bonne place parmi les solutions alternatives. Accélérer leur essor est devenu un enjeu stratégique mondial.
Un éco-bilan positif, des objectifs ambitieux
En quelques années, l’Europe est passée des déclarations de principes à des mesures concrètes. En 2003, une directive européenne a fixé un objectif d’incorporation de 2 % de biocarburants à l’essence et au gazole consommés en 2005, et de 5,75 % en 2010.
Elle autorise, en outre, les États membres à appliquer une exonération partielle ou totale des taxes sur les biocarburants car, en raison de leur compétitivité encore insuffisante (2), leur production ne pourrait actuellement se développer sans incitations. C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics français ont bâti une nouvelle politique énergétique dans laquelle les biocarburants jouent un rôle majeur.
Un débat clarifié
Mais avant d’agir, un temps a été pris afin d’évaluer l’impact environnemental de la production d’éco-carburants. Principaux arguments de leurs détracteurs, la culture à grande échelle pourrait induire un appauvrissement des sols et accroître la pollution des nappes phréatiques par les produits phytosanitaires, et le processus industriel pourrait générer un surcroît de pollution dans l’air.
En 2002, une étude indépendante réalisée à la demande de l’Ademe (3) et du Ministère de l’Industrie a démontré que l’éco-bilan est, au contraire, très positif. Il est ainsi établi qu’un hectare de betteraves-éthanol supprime les émissions annuelles de CO2 de dix voitures, et qu’en brûlant un litre d’éthanol au lieu d’un litre d’essence, les émissions de gaz à effet de serre sont réduites de l’ordre de 60 %. Le bilan environnemental et énergetique des biocarburants n’est ainsi pas remis en cause.
(1) Source: Le Monde 2, 30 septembre 2005.
(2) Les coûts de production font des biocarburants une énergie compétitive à partir du moment où le prix du pétrôle s'installe entre 75 et 90 dollars le baril. Source : Mission interministérielle sur l'optimisation du dispositif de soutien à la filière biocarburants, rapport du 20 septembre 2005.
(3) Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie.
