Engagée dans une démarche d’obtention de l’Indication Géographique Protégée (IGP), la filière canne-sucre réunionnaise poursuit sa modernisation sur un rythme performant. De grands projets structurants, tant pour la culture de la canne à sucre que pour l’économie de l’île, sont mis en œuvre dans un contexte géologique et climatique particulièrement contraignant. Reportage.
Au large de l'Afrique australe
La Réunion est une île de l’Océan Indien entièrement façonnée par l’activité volcanique. Sa chaîne montagneuse, où le piton des Neiges culmine à 3 070 m, s’étire du nord-ouest au sud-est de l’île, offrant un relief tourmenté aux pentes abruptes, striées de longues ravines. C’est dans ce paysage spectaculaire mais souvent inaccessible – les deux tiers des surfaces sont inhabitables et inexploitables – que la canne à sucre s’épanouit sous l’influence bénéfique d’un climat tropical chaud et humide.
La première activité agricole de La Réunion
La culture de la canne se déploie en anneau tout autour de l’île, dans les plaines alluvionnaires du littoral mais aussi sur les pentes les plus accessibles. Alors que la plupart des autres grandes régions productrices de sucre de canne dans le monde privilégient le regroupement des exploitations en vastes domaines, la première caractéristique de cette sole cannière de 25 000 hectares est d’être répartie en parcelles de taille familiale (5 à 6 ha) exploitées par plus de 3 000 planteurs polyvalents ou spécialisés. Cette spécificité remonte à la fin des années 1960 mais au fil des décennies et des évolutions du secteur sucrier, le besoin s’est fait sentir d’agrandir ces parcelles et d’en améliorer les conditions d’exploitation afin d’assurer un meilleur revenu à leurs exploitants.
À la conquête des andains
Le défrichage a conduit à ériger des tas de pierre, parfois hauts de 5 mètres, qui rythment et segmentent les parcelles. L’évacuation des andains fait aujourd’hui partie des grands chantiers de l’île, sachant que celui-ci concerne la moitié des quelque 600 ha de parcelles réaménagés chaque année. Une des solutions mises en œuvre repose sur la participation de carriers qui, grâce à des concasseurs mobiles, viennent débiter les rochers sur place puis les évacuent pour les recycler en matériau de remblai destiné aux routes et autres infrastructures. À titre d’exemple, sur la zone de Sainte- Anne, dans l’est de l’île, l’opération en cours doit permettre de reconquérir 30 ha de culture sur un terroir de 250 ha.
Une nouvelle répartition des ressources hydriques
La canne ayant besoin de soleil et d’eau, l’Homme s’est depuis longtemps lancé dans des projets d’irrigation. Les premières autorisations de captage de rivières souterraines ont été délivrées sous Napoléon 1er, mais c’est au cours des années 1990 qu’à été lancé l’un des plus ambitieux chantiers jamais mis au service de la culture cannière. Son principe ? Capter les excédents d’eau de la partie est pour les acheminer vers la partie ouest. La première tranche du réseau (Mafate/Saint-Paul) a été mise en service en 1999, et la seconde tranche (Salazie/ Mafate) est prévue pour 2013. Avec à la clé de multiples bénéfices pour la région ouest.
Un bilan positif à long terme
Pour les agriculteurs, le transfert des eaux se traduira par une amélioration des rendements et par la mise en culture de surfaces qui ne pouvaient jusqu’alors être exploitées. Au total, plus de 7 000 ha de terres agricoles seront irrigués, dont 75 % de sole cannière pour un supplément de production de cannes de l’ordre de 350 000 tonnes (soit 40 000 t de sucre). Mais les avantages s’étendent aussi à d’autres domaines tels que le développement de l’emploi, la sécurisation de l’alimentation en eau potable des populations et la préservation des équilibres naturels. C’est une démarche qui, au-delà de l’aide aux agricultures en zones difficiles, consacre les avancées obtenues en termes de développement économique et de développement durable, notamment grâce à la gestion des énergies à laquelle les sucreries contribuent en produisant une partie de l’électricité distribuée sur l’île.
