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Gourmandise et société

Gourmandise et société

La gourmandise a été érigée au rang de crime capital par le 21ème siècle. Mais cela n'a pas toujours été le cas et de nombreux spécialistes de la nutrition s'accordent désormais à rappeler le caractère légitime de cette disposition innée chez l'Homme. Tout est question de modération.  
 

De quoi parle-t-on ?

 Mais revenons sur la définition même de la gourmandise, car la notion a beaucoup évolué au fil des siècles. L’historien Florent Quellier souligne la dualité de la gourmandise : « Il y a toujours eu derrière la gourmandise à la fois la notion de péché et la recherche des moyens de pouvoir malgré tout en jouir ». Dérivé du latin geusia (le gosier), le mot gula désigne alors le péché de gourmandise, assimilé à la voracité, à la gloutonnerie.  L’Eglise condamne alors clairement tous les excès qui conduisent à une perte de contrôle de soi. Or parallèlement,  l’institution chrétienne considère que le plaisir gustatif ayant été voulu par Dieu ne peut être mauvais en soi. 
 

La gourmandise à travers le temps 

La gourmandise au Moyen Âge est déculpabilisée dans le cadre d’un repas « réglé ». L’honnête gourmandise étant associée au partage, à la convivialité et aux bonnes manières de table. Le gourmet « civilisé » contrôle son corps, ses gestes et ses appétits. Il s’oppose à l’animalité illustrée par le goinfre sans éducation qui mange trop et salement.

Aux 17e et 18e siècles, l’épanouissement de l’art culinaire français valorise les « friands », amateurs de bonne chair et de bonne compagnie. Mais en parallèle, les « gourmandises » deviennent synonymes de friandises et de grignotages. Renvoyant à la galanterie, la gpurmandise reste chargée de sous-entendus érotiques.

Avec le 20e siècle et la laïcisation de la société associée à l’abondance alimentaire, tout ce qui prêchait en défaveur de la gourmandise disparaît. La notion de plaisir aurait dû alors triompher. Pourtant il n’en est rien car la gourmandise reste toujours aussi mal vue. Florent Quellier souligne que « le discours dominant, très hostile, donne l’impression qu’être gourmand, c’est pécher à la fois contre le corps –car on croit que la gourmandise mène à la corpulence- et contre la société, car elle induirait des dépenses de santé considérables. » Au même moment, le discours médical fait le lien entre une alimentation trop grasse et trop sucrée et certaines maladies. Pour prévenir celles-ci, le gras et le sucre sont stigmatisés. Enfin, le discours alimentaire nutritionnel et fonctionnel anglo-saxon, où la notion de plaisir alimentaire passe au second plan finit par s’imposer.
 

Renversement de tendance

Or, en ce début de 21eme siècle, de nombreuses voix plaident en faveur de la gourmandise avec des arguments qui appellent à renverser la tendance et la rendre socialement légitime. L’inscription du repas français au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco en 2010 reconnait d’ailleurs la valeur sociale du plaisir gustatif intrinsèquement lié à notre modèle alimentaire. La bonne gourmandise peut s’appuyer sur la notion anoblie de patrimoine.

En parallèle, les résultats des recherches scientifiques récentes montrent les effets néfastes des discours diabolisant certains aliments et plaident en faveur de la gourmandise. « Il n’y a pas de raison d’interdire la gourmandise, note la nutritionniste Pascale Modaï. Le plaisir participe à la fonction hédonique de l’alimentation qui est aussi important que sa fonction biologique. » D’autant que les interdits donnent envie, que les régimes amplifient les troubles alimentaires et qu’aucun lien n’a été établi entre la gourmandise et le surpoids.

Au contraire, elle semble pouvoir l’en préserver. Pour le docteur Gérard Apfeldorfer, psychiatre et spécialiste du comportement alimentaire, « l’importance de ces mécanismes est mésestimée, et la dégustation gourmande devrait être encouragée car elle contribue au contrôle alimentaire. Selon lui, ce n’est pas la gourmandise qui mène au surpoids ou à l’obésité mais le fait de manger vite, trop, sans faire attention. C’est aussi le fait de manger, non pas en fonction de ses sensations alimentaires, mais en fonction de problèmes émotionnels. « A l’inverse, précise ce spécialiste, le gourmand veut ressentir le plus de plaisir possible quand il mange. Pour atteindre cet objectif et bien gérer ce plaisir, il faut avoir faim et être attentif, à l’écoute des sensations gustatives induites. Le vrai gourmand s’arrête de manger pour préserver le plaisir de son prochain repas ». C’est ce que certains qualifient d’alimentation « en pleine conscience ». A présent, tout est réuni pour déculpabiliser la gourmandise et les mangeurs peuvent enfin s’adonner aux plaisirs gustatifs sans culpabiliser !