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Sucre et addiction

Sucre et addiction

Mise à jour : 7 septembre 2017

 

Le sucre rend-il « accro » ?             

 

L'idée selon laquelle il existerait une addiction au sucre est des plus populaires. Pourtant, le concept ne fait pas consensus dans la communauté scientifique. Avons-nous tendance à confondre addiction, attirance, préférence, compulsion... ?

      

Ne pas confondre pulsion et addiction

L’idée d’une addiction au sucre est très largement répandue. C’est parce que le terme d’addiction est souvent utilisé pour parler d’envie irrésistible de manger des aliments que l’on apprécie particulièrement.

Le terme addiction est banalisé dans le langage courant, et, de la même manière, certaines personnes se disent accros au portable, au travail, au sport…

Par ailleurs, les régimes dits détox ou restrictifs, visant à perdre du poids peuvent être à l’origine de ces envies irrésistibles de manger des produits « plaisir », souvent gras et sucrés. En effet, plus l’on se prive d’un aliment, plus il nous fait envie. Lorsque la personne suivant un régime « craque », la transgression de l’interdit se manifeste sur un mode compulsif suivi de sentiment de culpabilité voire d’angoisse. Il s’ensuit alors un comportement de super-contrôle et de restriction. C’est un cercle vicieux.

Au final, la restriction cognitive mime l’addiction : on y retrouve le sentiment de dépendance, le désir exacerbé, le plaisir intense mais fugace de la consommation de l’aliment interdit.

La levée de l’interdit et l’apprentissage d’une consommation raisonnée et régulée par les sensations alimentaires de faim et de satiété permettent, bien souvent via des thérapies comportementales, de supprimer la restriction cognitive et les phénomènes compulsifs. Tout l’enjeu est donc de faire passer l’aliment interdit de la case "drogue" à celle "d’aliment".

               

Une addiction comportementale, plutôt qu’à l’aliment lui-même

Certains chercheurs, dont le Dr Serge Ahmed souvent interviewé dans les médias, ont étudié la notion d’addiction alimentaire sur des rats. Ils ont trouvé que le sucre était préféré à la cocaïne, mais que c’est aussi vrai avec des édulcorants. Ainsi les rats seraient attirés par la saveur sucrée, et non le sucre en tant que substance.

Si manger procure un sentiment de plaisir grâce au circuit de la récompense, la libération de dopamine est bien plus importante dans le cadre d’une drogue comme la cocaïne qui, avec le temps, entraine augmentation des doses nécessaires, dépendance et syndromes de sevrage… Il est dit ainsi dit que les drogues « détournent » le circuit normal de la récompense, favorisant les actions nécessaires à la survie comme boire, manger, se reproduire ou avoir des interactions sociales.

L’extrapolation de ces résultats animaux à l’homme est controversée, et la pertinence du terme « addiction alimentaire », en considérant l’aliment comme substance addictive, pose question.

Un groupe de scientifiques européens spécialistes des mécanismes neurobiologiques et psychologiques des addictions a publié une synthèse dont voilà les principales conclusions : 

  • Il est prématuré de conclure de la validité de la dépendance alimentaire à partir des résultats obtenus sur des modèles de rongeurs.

                   

  • Chez l'Homme, il n'existe aucune preuve qu'un aliment spécifique, ingrédient alimentaire ou additif alimentaire provoque la dépendance (à l'exception de la caféine et des boissons alcoolisées via des mécanismes très spécifiques)

                  

  • Le cerveau ne répond pas à des nutriments (sucre, sel, gras) de la même manière qu'aux drogues telles que l'héroïne ou la cocaïne même si les circuits empruntés sont les mêmes. 

  

  • La "dépendance alimentaire" est un terme inapproprié en raison de la connotation ambiguë d'un phénomène lié à une substance. Pour ces chercheurs le terme « food addiction » (addiction à un aliment ou nutriment) devrait être remplacé par « eating addiction » (comportement addictif au fait de manger). Certaines personnes développent en effet des envies compulsives liées à une dépendance psychologique au fait-même de manger.

     

Dire que le sucre rend accro est donc un abus de langage : le sucre n’est pas une drogue. C’est plutôt le concept d’addiction comportementale au fait de manger ou de troubles du comportement alimentaire qui semble faire consensus dans la communauté scientifique.

Sources :

• Johannes Hebebrand, Suzanne L. Dickson, et al, “Eating addiction”, rather than “food addiction”, better captures addictive-like eating behavior, Neuroscience & Biobehavioral Reviews, Available online 6 September 2014, ISSN 0149-7634

• Le Barzic M. Le syndrome de restriction cognitive : de la norme au désordre du comportement alimentaire. Diabetes & Metabolism, 2001

• Schulte M, 2017. A commentary on the “eating addiction” versus “food addiction” perspectives on addictive-like food consumption. Appetite, 2017

• Sugar addiction: the state of the science. Westwater ML, Fletcher PC, Ziauddeen H. Eur J Nutr. 2016


A voir également :
L'express : Le sucre est-il vraiment plus addictif que la cocaïne ?

            

Pour en savoir plus :

Voir les articles de notre blog vraifaux.lesucre.com :

" Non, le sucre n'est pas une nouvelle drogue "
" Le sucre : encore et toujours une drogue ? "
" Pourquoi le sucre est-il devenu notre ennemi public n°1 ? "
" Sucres cachés : l'overdose de raccourcis "
" Libération : Sans sucre, la diète en surrégime "
" Sucre detox : du marketing plein pot ? "