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Sucre et addiction

Sucre et addiction

L'idée selon laquelle il existerait une addiction au sucre est des plus populaire. Pourtant, le concept n'est pas partagé par la communauté scientifique. Avons-nous tendance à confondre addiction, attirance, préférence, compulsion... ?

Existe-t-il une addiction au sucre ?

L’idée d’une addiction au sucre est très largement répandue. C’est parce que le terme d’addiction est souvent utilisé pour parler d’appétit incontrôlable pour les aliments palatables (dont le goût est agréable). Sans nier l'existence de compulsion alimentaire, et ceci le plus souvent pour les aliments gras sucrés et gras salés, le rapport de l’OMS en 2004 ne reconnaît pas l’existence d’addiction ou de dépendance de nature alimentaire.
 

Le plaisir "seul" est suspect

Tout jugement moral accolé à un comportement lié à la notion même de plaisir est ambivalent. Le plaisir n’est en effet souvent considéré comme pleinement légitime que s’il participe à la couverture d’un besoin lié à la survie de l’individu. Le plaisir "seul" est suspect, sa répétition sans nécessité suffit  à le classer comme pathologique.
 

Ne pas confondre pulsion et addiction

Dans un contexte de contrôle du poids, l’interdiction de certains aliments considérés comme "grossissants" aboutit à l’instauration d’un état qualifié de "restriction cognitive", état où le mangeur est déconnecté de ses signaux internes de faim et de satiété qui régulent sa prise alimentaire.

Quand pour une raison ou pour une autre le consommateur "craque’’, la transgression de l’interdit se manifeste sur un mode compulsif suivi de sentiment de culpabilité voire d’angoisse. Il s’ensuit alors un comportement de super-contrôle et de restriction.

En réalité la restriction cognitive mime l’addiction : on y retrouve le sentiment de dépendance, le désir exacerbé, le plaisir intense mais fugace de la consommation de l’aliment interdit.

La levée de l’interdit et l’apprentissage d’une consommation raisonnée et régulée par les sensations alimentaires de faim et de satiété permettent, bien souvent via des thérapies comportementales, de supprimer la restriction cognitive et  les phénomènes compulsifs. Tout l’enjeu est donc de faire passer l’aliment interdit de la case "drogue" à celle "d’aliment".
 

Que disent les scientifiques ?

Les chercheurs qui tentent d'expliquer certains comportements associés à l'obésité réfléchsent de manière critique à la pertinence du terme d' "addiction alimentaire" qui combine les notions d’addiction à une substance et de dépendance comportementale. Un groupe de scientifiques européens spécialistes des mécanismes neurobiologiques et psychologiques des addictions (réseau NeuroFAST) a publié une synthèse à l’issue d’une revue détaillée de la littérature dont voilà les principales conclusions :

  • Les données actuelles ne permettent pas de conclure qu'une substance alimentaire unique par un seul mécanisme neurobiologique spécifique puisse entrainer l’obésité du fait de la suralimentation.
     
  • Il est prématuré de conclure de la validité de la dépendance alimentaire à partir des résultats obtenus sur des modèles de rongeurs.
     
  • Chez l'Homme, il n'existe aucune preuve qu'un aliment spécifique, ingrédient alimentaire ou additif alimentaire provoque la dépendance (à l'exception de la caféine et des boissons alcoolisées via des mécanismes très spécifiques)
     
  • Le cerveau ne répond pas à des nutriments (sucre, sel, gras) de la même manière qu'aux drogues telles que l'héroïne ou la cocaïne même si les circuits empruntés sont les mêmes.
     
  • La "dépendance alimentaire" est un terme inapproprié en raison de la connotation ambiguë d'un phénomène lié à une substance. Pour ces chercheurs le terme « food addiction » (addiction ou dépendance alimentaire) devrait être remplacé par « eating addiction » (comportement addictif au fait de manger). Certaines personnes développent en effet des envies compulsives liées à une dépendance psychologique au fait-même de manger.


Sources :
• Johannes Hebebrand, Suzanne L. Dickson, et al, “Eating addiction”, rather than “food addiction”, better captures addictive-like eating behavior, Neuroscience & Biobehavioral Reviews, Available online 6 September 2014, ISSN 0149-7634
• NeuroFAST, consensus opinion on food addiction, Juillet 2013
 

Pour en savoir plus :

Voir les articles de notre blog vraifaux.lesucre.com :

" Libération : Sans sucre, la diète en surrégime "
" Sucre detox : du marketing plein pot ? "