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Noël et la bûche au feu

Je suis l'un des desserts les plus attendus de l'année…. Je fais partie de la tradition culinaire depuis des siècles, la mode invite à me servir glacé, je suis… la bûche de Noël ! Anecdotes et secrets de fabrication d'un gâteau pas comme les autres….

                

Tradition et folklore

Son écorce en glaçage et le petit peuple de gnomes, de pères Noël et de champignons en pâte d'amande qui décorent la bûche amorcent une évocation des antiques coutumes. Mais on les croque en pensant à autre chose… Le souvenir de la bûche d'autrefois, quand elle était tronc d'arbre flambant dans la cheminée, se dilue de plus en plus dans les brumes de folklore.

          

De quel bois Noël se chauffe

Pour faire une bonne bûche de Noël, il ne s'agissait pas de prendre n'importe quel bois ! Exigence générale : il fallait un bois très dur, afin que la bûche brûle le plus longtemps possible. Ce pouvait être un tronc de chêne - si possible un chêne n'ayant jamais subi d'élagage - de buis, d'aubépine blanche ou encore un pied de sapin renversé par la foudre.

Mais la préférence allait à l'arbre fruitier qui était choisi parmi les productions régionales : olivier en Provence, noyer en Auvergne, châtaignier en Limousin, pommier ou cerisier ailleurs, ou encore arbre ne donnant que des fruits à pépins, ou arbre fruitier mort dans l'année.

          

Les rites de l'allumage

La bûche choisie, il ne s'agissait pas de la mettre au feu n'importe comment. D'abord, et presque partout, un nettoyage soigneux de l'âtre et un ramonage s'imposaient. Avant l'allumage, on procédait à la bénédiction de la bûche, soit avec de l'eau bénite, soit avec du vin, blanc ou rouge, du vin cuit, du marc, ou de l'huile d'olive. On ajoutait parfois du pain et du sel. On demandait aussi à la bûche de réchauffer toute l'année les pieds des orphelins, des infirmes et des vieillards, mais de ne pas brûler les récoltes du paysan ou la barque du marin.

Ces rites accomplis, on pouvait mettre le feu à la bûche. Pour cela, on utilisait un brandon allumé à un cierge de l'église ou encore un vieux tison de la bûche du Noël précédent...  Pour que le feu exorcise l'année écoulée, en brûlant, symboliquement tout ce qu'elle avait eu de mauvais, chaque membre de la famille jetait dans le foyer une bûchette qui le représentait (Languedoc) ou une feuille de laurier (Corse).

En d'autres endroits, il fallait une étincelle "vierge" pour allumer le feu nouveau. On la prenait au feu du soleil dans la journée, à l'aide d'un miroir convexe, ou on l'obtenait en frottant deux morceaux de bois l'un contre l'autre.

          

Tandis que brûlait la bûche

Il ne fallait pas que la bûche s'éteignit. Une bûche qui s'éteignait pendant la messe de minuit constituait le plus funeste des présages. Aussi, lorsqu'on l'allumait avant de se rendre à la messe, quelqu'un restait à la maison pour veiller sur le feu.

Le temps pendant lequel devait brûler la bûche était très variable. Au minimum jusqu'à la fin du repas de réveillon, ou toute la nuit de Noël, ou trois jours (dans le Languedoc, on était ainsi assuré que les filles à marier de la maison trouveraient un époux l'année suivante). En d'autres endroits, la bûche devait brûler jusqu'au 1er janvier ou même jusqu'à l'Epiphanie ! On étouffait donc le feu chaque soir ou on ralentissait sa combustion avec de la mousse humide.

             

Les vertus de la bûche

La bûche avait la particularité de ne pas brûler. On pouvait poser, croyait-on, des tisons rougeoyants sur la nappe du réveillon sans même qu'elle en soit roussie. Les tisons de la bûche étaient soigneusement recueillis, car ils préservaient de l'orage et du feu. Placés dans l'étable ou le poulailler, ils protégeaient les animaux des mauvais sorts et des maladies.

Mélangées à diverses potions, les cendres guérissaient les hommes et le bétail, aidaient les femmes en couches, facilitaient la délivrance des vaches. Glissées dans les piles de linge, elles préservaient le ménage des disputes ou de la ruine. Mélangées aux grains des semailles, elles écartaient la vermine.

              

De la bûche au gâteau

Bien vivaces encore au 18e siècle, ces traditions de la bûche commencèrent à disparaître à la fin du 19e. Une disparition qui ne s'explique pas uniquement par la généralisation du charbon (de bois ou de terre) et l'apparition des cusinières dans les âtres des cheminées. Le rationalisme scientifique et le déclin des traditions y sont aussi pour quelque chose.

Van Gennep, célèbre folkloriste, observe que chaque fois que la bûche disparaît, elle est remplacée par un gâteau qui l'évoque. L'ancêtre de ce gâteau est peut-être la "hoche", seule "bûche" dont se souviennent les anciens, en Lorraine. Elle n'était pas de bois, mais de chocolat et de pain d'épices.