Néarque, Christophe Colomb, Olivier de Serres, Benjamin Delessert, Louis Chambon... Célèbres ou anonymes, ils ont tous participé à leur manière à l'odyssée du sucre.
Néarque
Né en Crète vers 360 av. J.C, Néarque est un proche compagnon d’Alexandre le Grand, considéré comme "le créateur" de la route maritime des épices. Excellent navigateur, il est chargé en 325 av. J.C. d’établir une nouvelle route maritime entre le fleuve Indus et le Golfe Persique pour dynamiser le commerce entre l’Inde et la Mésopotamie. La flotte de 120 navires transporte près de 10 000 hommes.
C’est vraisemblablement au cours de ce périple, dont il a laissé un témoignage écrit, qu’il découvre le sucre et révélera son existence aux Occidentaux. Reprenant une expression des Perses, il évoque un "roseau donnant du miel sans le concours des abeilles".
Christophe Colomb (1451-1506)
Découvreur de l’Amérique, c’est dès le deuxième de ses quatre voyages que l’illustre Gênois s’est attaché à "exporter" le sucre. L’expédition qui quitte Cadix le 25 septembre 1493 a notamment pour but de fonder une colonie sur Hispaniola (aujourd’hui Saint-Domingue). C’est là que Christophe Colomb introduit des plants de canne à sucre en provenance des Canaries, où il avait fait auparavant escale (le 6 décembre 1492).
Nostradamus (1503-1566)
Connu pour ses prophéties sur l’avenir du monde, Michel de Nostredame est avant tout un apothicaire. C’est à ce titre que ce Français, né à Saint-Rémy-de-Provence au début du XVIe siècle, a rédigé en 1555 un ouvrage sur les confitures, précisant l’utilisation du sucre et du miel en confiserie.
Olivier de Serres (1539-1619)
Olivier de Serres est considéré comme le père de l’agronomie. Il s’est très jeune intéressé de manière scientifique aux techniques agricoles dans le but d’améliorer les récoltes. C’est sous son impulsion que la production de la soie à grande échelle s’est développée en France. L’introduction en France du maïs et du houblon, c’est encore lui. Et il fut le premier à travailler l’extraction du sucre à partir de la betterave, pressentant les extraordinaires ressources de cette plante.
Antonio Vazquez de Espinoza ( ? -1630)
Ce religieux espagnol pris part à l’évangélisation du continent sud-américain à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Dans l’un de ses récits de voyage, il parle de la canne et des moulins à sucre présents au Chili, au Venezuela, en Equateur, en Colombie et au Paraguay.
Andreas Sigismund Marggraf (1709-1782)
Chimiste allemand, il découvre que la betterave contient "du sucre véritable, parfaitement identique" à celui qui se trouve dans la canne à sucre. Il rédige en 1745 un mémoire sur ses expériences chimiques permettant d’extraire du sucre de la betterave.
Franz Karl Achard (1753-1821)
Disciple du chimiste Marggraf, le professeur Achard va poursuivre les travaux de son mentor. En 1802, il fait construire une fabrique expérimentale de sucre de betteraves, la première au monde, à Künern en Silésie (Allemagne). Chaque jour, la fabrique produit 2 kg de sucre à partir de 70 kg de betteraves.
Antoine Parmentier (1737-1813)
Pharmacien, nutritionniste, agronome, hygiéniste… le nom d’Antoine Parmentier est attaché à la pomme de terre, dont il a favorisé le développement en France. Mais il a aussi étudié la châtaigne, le maïs et en tant que nutritionniste le pain et le sucre de raisin. Ainsi en 1808, il révèle que la teneur en sucre du raisin oscille entre 200 et 350 g par litre, selon le degré de maturité du fruit. Seul problème : le sucre de raisin, sirop assez épais, cristallise difficilement car il contient du saccharose, mais aussi du fructose et du glucose. Résultat : son extraction est hors de prix et non rentable !
Benjamin Delessert (1773-1847)
Olivier de Serres, Marggraf et son disciple Achard furent des précurseurs. Mais c’est Benjamin Delessert qui le premier réussit l’extraction du sucre de betterave en grande quantité dans les premières années du XIXe siècle. A l’origine, cet homme d’affaires dispose d’une vingtaine de raffinerie de sucre en France. Mais le blocus l’amène à se tourner vers la betterave. Il sera fait Chevalier de la Légion d’honneur pour ses travaux.
Jacob Kristof Rad (XIXe)
En 1843, ce tchèque confiseur de son état produit les premiers morceaux de sucre qui est alors sous forme de pain conique. La méthode, en plusieurs étapes, est quasi-artisanale : fondre du sucre, couler du sucre liquide sur un plateau, scier la plaque de sucre après solidification en bandes, puis casser en cubes. Mais si le savoir-faire technique revient à Jacob Kristof Rad, ce serait son épouse Julianna qui aurait eu l’idée !
Louis de Vilmorin (1816-1860)
Biologiste et chimiste, ses travaux ont en grande partie porté sur la sélection et la culture des plantes. Il fut l’initiateur, dans les années 1850, de l’amélioration de la forme et de la teneur en sucre de la betterave. Sur ce sujet, il a d’ailleurs publié en 1856 un ouvrage intitulé "Note sur la création d’une nouvelle race de betterave et considération sur l’hérédité des plantes ".
Eugène François (XIXe)
Epicier situé rue Saint-Sébastien à Paris, Eugène François trouve le procédé de cassage des pains de sucre anti hygiénique. Dès 1854, il tente de mettre en place un procédé mécanique pour obtenir des morceaux de sucre réguliers et propres grâce à un système de cassage et de sciage. Il aboutit 20 ans plus tard en mettant au point la "casseuse François" dont il dépose le brevet en 1875.
Théophile Adant (1852-1938)
Maître compagnon à Anvers, en Belgique, Théophile Adant élabore à la fin des années 1880 une turbine pour former des plaques à partir de sucre en poudre. C’est le premier à réussir la cristallisation du sucre de façon industrielle, cristallisation qui prend entre 8 et 12 heures. Outre la réalisation de plaques de sucre, Théophile Adant développe une série d'outils industrialisant le procédé de Jacob Rad : séchage, sciage en barres puis en morceaux symétriques.
Louis Chambon (1861-1932)
Né en Ardèche, élève de l’École des Arts et Métiers, cet ingénieur mécanicien crée la société qui portera son nom. Cette société met au point en 1949 un système permettant de souder entre eux les cristaux de sucre humidifiés à chaud dans les moules. La "Chaîne Chambon" est une petite révolution.
Ferdinand Beghin (1902-1994)
Fils d'Henri Béghin, industriel sucrier, il seconde son père dans la direction de son usine et travaille à tous les postes comme un ouvrier, ce qui lui donnera une parfaite connaissance du métier. Après la guerre, il est seul à la tête des sucreries et raffineries. Il les modernise et en achète d'autres. L'absorption du groupe Say, qui lui apporte 9 sucreries, 2 distilleries et 5 raffineries, fait de lui le leader du sucre français en 1973. Il dirige et améliore également la cartonnerie créée par son père pour fabriquer les emballages de sucre.
